Je suis allée au Salon du Voyage avec une conviction bien ancrée :
je crois à la mobilité douce, au train, aux déplacements choisis plutôt que compulsifs.
Et pourtant, cela fait plus de vingt-cinq ans que je ne suis pas retournée en Iran.
Un voyage sans cesse repoussé, tombé à l’eau l’été dernier, et qui revient aujourd’hui avec insistance — non pas comme une envie d’évasion, mais comme un besoin de transmission, pour moi et pour mes enfants.
C’est avec cette ambivalence assumée que j’ai arpenté les allées du salon.
🌱 La RSE dans le tourisme : un discours nécessaire… mais incomplet
Sur plusieurs stands, les acteurs du voyage mettent en avant leurs engagements :
rapports RSE, flottes de véhicules plus propres, énergie renouvelable, compensation carbone, mécénat.
Ces démarches sont utiles. Elles structurent, elles encadrent, elles montrent une prise de conscience réelle.
Mais une question demeure, presque toujours en filigrane :
que fait-on de l’acte de voyager lui-même ?
Car le cœur du modèle reste souvent le même :
faire voyager loin, souvent en avion, tout en rendant le cadre un peu plus vert.
Ce n’est ni absurde ni malhonnête.
Mais ce n’est pas non plus une réponse suffisante.
À mes yeux, la vraie question n’est pas seulement combien on voyage,
mais pourquoi, comment, et à quelle fréquence.
⚖️ Voyager peu, mais juste
Mon projet de voyage en Iran n’entre pas dans une logique de loisirs accumulés.
Il n’est ni fréquent, ni léger, ni interchangeable.
C’est un retour aux origines.
Un pays que je n’ai pas vu depuis plus de deux décennies.
Un récit que je veux transmettre à mes enfants, avec pudeur et vérité.
Dans ce contexte, prendre un avion n’est pas une contradiction totale à mes valeurs.
C’est un choix hiérarchisé, réfléchi, assumé — d’autant plus que, pour le reste, je privilégie le train, la proximité, la lenteur.
Voyager sans se mentir, c’est aussi cela :
ne pas réduire une vie à une ligne carbone,
mais ne pas s’en exonérer non plus.
🎨 Un salon pensé aussi pour les enfants
Ce qui m’a particulièrement touchée lors de cet après-midi, c’est que le Salon du Voyage n’était pas pensé uniquement pour les adultes.
Pendant que je feuilletais des brochures et que je laissais infuser mes réflexions,
mes enfants, eux, s’amusaient pleinement.
Il y avait :
- un stand de coloriages, simple et joyeux
- un stand maquillage, tenu par l’École Guichard, où ils ont pu se transformer — l’un en Monsieur Jack, l’autre en Spider-Man, avec un sérieux et une fierté adorables
- et même un moment où ils ont été embarqués pour danser sur un air de country, lors d’un atelier animé par Rémi Vingert, entre rires, pas hésitants et énergie communicative
Pendant un instant, le voyage n’était plus une destination lointaine ou un débat écologique.
C’était un moment partagé, incarné, joyeux.
🌍 Transmettre aussi une manière d’être au monde
En repartant, je me suis dit que c’était peut-être cela, le vrai enjeu :
apprendre à nos enfants que voyager n’est ni un droit illimité, ni une faute morale,
mais un acte qui mérite réflexion.
On peut aimer le train et prendre l’avion une fois.
On peut défendre l’écologie et retourner voir son pays d’origine.
On peut parler de RSE et admettre que tout n’est pas soluble dans un rapport annuel.
Voyager sans se mentir, ce n’est pas être parfait.
C’est rester cohérent avec son histoire, ses valeurs… et les yeux ouverts.
✍️ Mise à jour – janvier 2026
Depuis l’écriture de cet article, le contexte a changé.
Le désir de voyage est toujours là, intact, mais le réel s’est imposé avec plus de force.
Aujourd’hui, plusieurs autorités officielles décrivent la situation en Iran comme instable et à risque élevé, et déconseillent formellement tout déplacement, quel qu’en soit le motif.
Le ministère français de l’Europe et des Affaires étrangères classe actuellement l’ensemble du pays en zone rouge – formellement déconseillée
👉 https://www.diplomatie.gouv.fr/fr/conseils-aux-voyageurs/conseils-par-pays-destination/iran/
Le Royaume-Uni, par l’intermédiaire du Foreign, Commonwealth & Development Office, recommande également de ne pas voyager en Iran, évoquant notamment des risques d’arrestations arbitraires, y compris pour les binationaux
👉 https://www.gov.uk/foreign-travel-advice/iran
Les États-Unis placent l’Iran au niveau 4 – “Do not travel”, citant des risques d’agitation interne, de détention et l’impossibilité d’une assistance consulaire classique
👉 https://travel.state.gov/content/travel/en/traveladvisories/traveladvisories/iran-travel-advisory.html
Dans ces conditions, ce projet reste un désir, une transmission en suspens.
Voyager avec des enfants, ce n’est pas seulement leur montrer le monde :
c’est aussi leur apprendre que certains chemins demandent d’attendre,
que le renoncement peut être temporaire,
et que la découverte prend parfois d’autres formes — par les récits, la mémoire, les détours.

