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đŸŽ» Quand un enfant aime la musique mais n’y arrive pas (et pourquoi repousser ne doit jamais signifier renoncer)

Il y a des dĂ©cisions parentales qui se prennent avec la tĂȘte,
et d’autres qui se prennent avec le cƓur serrĂ©.

Celle-ci fait partie des deux.

Deux enfants, deux rapports Ă  la musique

À la maison, mes enfants ont dĂ©couvert la musique trĂšs tĂŽt.

L’un d’eux rencontre aujourd’hui des difficultĂ©s Ă  se concentrer au violon.
Il aime la musique, profondément.
Il pleure en disant qu’il veut continuer.

Mais le cadre du cours individuel — l’exigence, la posture, la concentration — le met en Ă©chec.

Son frùre, lui, s’en sort trùs bien à la guitare.

Et c’est prĂ©cisĂ©ment lĂ  que la situation devient dĂ©licate.

Adapter sans créer de hiérarchie

J’ai pris la dĂ©cision de reporter l’apprentissage du violon Ă  l’an prochain.

Mon fils continuera l’éveil musical en groupe.
Il restera dans la musique, dans le collectif, dans le plaisir partagé.

Ce choix n’est ni un abandon, ni une sanction.
C’est une tentative de protection.

Car mon fils est un enfant :

  • gentil
  • plein d’énergie
  • sensible
  • mais fragile dans sa confiance en lui

Et ma plus grande crainte n’est pas qu’il fasse une pause instrumentale.
C’est qu’il se sente moins lĂ©gitime que son frĂšre.

Pourquoi cette peur est si vive chez moi

Cette inquiétude ne vient pas de nulle part.

Enfant, j’ai grandi dans une fratrie oĂč les talents semblaient se rĂ©partir clairement.

Mon petit frÚre a été encouragé dans la musique.
Moi, j’excellais Ă  l’école.

J’étais « sage », « discrĂšte », « bonne Ă©lĂšve ».
Trop discrĂšte, peut-ĂȘtre, pour que ma sensibilitĂ© artistique soit rĂ©ellement perçue.

Une crĂ©ativitĂ© plurielle
 mais empĂȘchĂ©e

Ma crĂ©ativitĂ© n’a jamais Ă©tĂ© limitĂ©e Ă  la musique ou Ă  l’écriture.
Elle a toujours été là aussi :

  • dans le dessin
  • dans la mode
  • dans le rapport aux matiĂšres, aux formes, aux couleurs

Enfant, j’ai demandĂ© Ă  suivre des cours de dessin.
Il n’y avait pas de places.

Ce détail administratif, banal en apparence, a laissé une trace.

Je l’ai ressentie bien plus tard, à 26 ans,
quand je me suis inscrite Ă  des cours du soir en stylisme Ă  Paris.
Puis quand j’ai Ă©tĂ© acceptĂ©e en prĂ©pa mode,
dans le cadre d’un Bachelor en stylisme à Lyon.

J’avais enfin une reconnaissance institutionnelle.
Mais les difficultĂ©s administratives, cumulĂ©es Ă  d’autres obstacles,
ont entamé ma persévérance.

Je n’ai pas pu aller au bout de l’annĂ©e.

Ce que cela m’a appris, avec le recul

Je n’ai jamais manquĂ© de dĂ©sir.
Je n’ai jamais manquĂ© de sensibilitĂ©.

J’ai manquĂ© de continuitĂ©,
de soutien,
de conditions favorables.

Et c’est peut-ĂȘtre cela, le plus douloureux :
voir que ce ne sont pas toujours les capacités qui font défaut,
mais les cadres dans lesquels elles tentent d’exister.

Ce que je veux éviter à mon enfant

En dĂ©cidant de repousser l’apprentissage du violon,
je ne veux surtout pas reproduire cela.

Repousser pour adapter, oui.
Mais sans provoquer un décrochage.

C’est toute la nuance.

Je veux que mon enfant comprenne que :

  • ce n’est pas lui qui est « en retard »
  • ce n’est pas son frĂšre qui est « en avance »
  • ce n’est pas la musique qui se referme sur lui

C’est simplement le cadre qui change.

Maintenir le fil, coûte que coûte

C’est pour cela que l’éveil musical en groupe est essentiel.
Il permet de :

  • rester reliĂ© Ă  la musique
  • nourrir le plaisir
  • prĂ©server le dĂ©sir
  • Ă©viter que la porte ne se referme silencieusement

Car ce qui fait le plus de dégùts,
ce n’est pas la pause.

C’est la disparition progressive du lien.

Ce que je garde comme boussole

Je ne cherche pas à réparer mon passé à travers mes enfants.
Mais je refuse de transmettre mes empĂȘchements.

Je veux leur apprendre ceci :

Tu peux aimer quelque chose sans y arriver tout de suite.
Tu peux prendre un autre chemin sans perdre ta légitimité.
Ta crĂ©ativitĂ© n’a pas une seule forme, ni un seul moment.

Si la musique revient plus tard, elle reviendra plus juste.
Et si elle se transforme autrement, elle restera précieuse.

ProtĂ©ger l’estime avant le parcours

Un enfant qui manque de confiance
n’a pas besoin qu’on insiste plus fort.

Il a besoin qu’on lui montre que sa valeur
ne dépend pas de sa performance visible.

La musique peut attendre.
Le dessin peut surgir plus tard.
La créativité trouve toujours son chemin



 à condition qu’on ne la fasse pas taire trop tît.

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