Je pensais regarder une romance dramatique.
Jâai vu un mĂ©canisme.
AdaptĂ© du roman de Colleen Hoover, It Ends with Us raconte lâhistoire dâune femme amoureuse dâun homme brillant, intense, complexe. Rien de caricatural. Rien dâĂ©vident. Rien qui ressemble Ă un conte moral simpliste.
Et pourtant, le film parle de violence.
Pas forcément spectaculaire.
Pas toujours visible.
Mais réelle dans ses effets.
Lâamour nâest pas la sĂ©curitĂ©
Lily aime profondĂ©ment. Elle nâest ni faible ni naĂŻve. Elle choisit. Elle espĂšre. Elle pardonne.
Ce qui rend le film troublant, câest que lâhomme quâelle aime nâest pas un monstre. Il peut ĂȘtre tendre, engagĂ©, admiratif. Câest justement cette ambivalence qui rend la situation complexe.
La violence, ici, ne surgit pas comme une évidence.
Elle sâinstalle dans les interstices.
Dans les justifications.
Dans les tensions minimisées.
Dans les promesses de changement.
On peut aimer quelquâun et ne plus se sentir en sĂ©curitĂ©.
Pas nécessairement physiquement.
Mais psychiquement.
Symboliquement.
Il existe des formes de violence qui ne laissent pas de marques sur la peau.
Elles laissent du doute.
De la confusion.
Un sentiment dâeffacement progressif.
Lâeffacement
Ce film mâa renvoyĂ©e Ă une question simple :
à partir de quand décide-t-on que cela suffit ?
Il existe des relations oĂč lâon ne se sent pas attaquĂ©e frontalement, mais oĂč lâon se sent peu Ă peu rĂ©duite.
Moins visible.
Moins assumée.
Moins reconnue.
Ă un moment de ma vie, jâai compris que je ne voulais plus vivre dans une relation oĂč je me sentais effacĂ©e.
Cette phrase nâest pas une accusation.
Câest une prise de conscience.
Rompre nâest pas toujours un acte contre quelquâun.
Câest parfois un acte pour soi.
Rompre pour protéger
Dans It Ends with Us, la bascule intervient lorsque Lily devient mĂšre. Ce quâelle aurait peut-ĂȘtre tolĂ©rĂ© pour elle-mĂȘme, elle ne peut plus lâaccepter pour son enfant.
Ce point mâa profondĂ©ment marquĂ©e.
Il y a des dĂ©cisions que lâon prend par amour.
Et dâautres que lâon prend par responsabilitĂ©.
Mettre fin Ă une relation nâest pas nĂ©cessairement un rĂšglement de comptes.
Cela peut ĂȘtre un choix de transmission.
Quel modĂšle souhaite-t-on offrir ?
Quel récit familial veut-on interrompre ?
Le titre du film prend ici tout son sens.
#MeToo et la complexité de la parole
La sortie du film sâinscrit dans un contexte oĂč la parole autour des violences est devenue centrale. Les tensions mĂ©diatiques entre Blake Lively et Justin Baldoni ont rappelĂ© Ă quel point ces sujets sont dĂ©sormais scrutĂ©s, commentĂ©s, parfois instrumentalisĂ©s.
Le mouvement #MeToo a permis une avancée essentielle : celle de la possibilité de dire.
Mais parler ne signifie pas chercher à détruire.
Porter plainte nâest pas un geste spectaculaire.
Câest souvent une dĂ©marche lourde, intime, difficile.
On ne parle pas pour exister.
On parle parce que certaines limites ont été franchies.
Et il existe aussi des situations oĂč lâon choisit simplement de partir, sans exposer, sans dĂ©tailler, sans transformer son histoire en dossier public.
It ends with us
âIt ends with usâ ne signifie pas :
« Je te condamne. »
Cela signifie :
« Je choisis que cela ne continue pas. »
Mettre fin Ă un cycle nâest pas un acte de haine.
Câest un acte de maturitĂ©.
On peut aimer et décider de ne plus continuer.
On peut respecter et poser une frontiĂšre.
On peut protéger sans accuser.
Ce film mâa rappelĂ© que lâamour vĂ©ritable ne nous rĂ©duit pas.
Il ne nous cache pas.
Il ne nous fragilise pas.
Il nous élargit.
Et parfois, lâacte le plus courageux nâest pas de rester.
Câest de partir, sans fracas.
Simplement parce que lâon sait que cela doit sâarrĂȘter lĂ .

