Il y a quelques mois, je suis allée seule au cinéma voir Roqya avec Golshifteh Farahani.
Aller au cinéma seule est un luxe discret quand on est mère. Un moment suspendu, rare, presque clandestin. Ce soir-là, je pensais voir un thriller mystique. Je ne savais pas que ce film allait me faire réfléchir à une question qui me traverse de plus en plus depuis que j’ai des enfants :
comment transmettre la culture sans exposer les enfants à ses zones d’ombre ?
Une fascination ancienne pour la culture populaire
Enfant, j’étais fascinée par la pop culture.
Je regardais les programmes jeunesse à la télévision, les séries diffusées sur France 2, France 3 ou M6. J’étais fan des jumelles Mary-Kate et Ashley Olsen, et j’adorais notamment Buffy contre les Vampires.
Comme beaucoup d’enfants des années 90, je découvrais le monde à travers la télévision.
Les séries étaient des univers parallèles où l’on apprenait, sans s’en rendre compte, à grandir.
Avec le recul, je réalise que ces figures d’enfance étaient aussi des enfants stars, plongés très tôt dans une industrie exigeante. Aujourd’hui, leurs parcours racontent parfois les coulisses moins visibles de la culture populaire.
La question de l’emprise
Dans Roqya, un couple exploite la croyance aux djinns et aux exorcismes pour manipuler des personnes vulnérables.
Le film explore un terrain troublant :
la frontière entre croyance, manipulation et pouvoir.
En sortant du cinéma, je repensais à une autre fascination humaine, beaucoup plus ancienne : celle des sociétés secrètes.
Les Illuminés de Bavière et la fascination pour les sociétés secrètes
Au XVIIIᵉ siècle, une société appelée Illuminés de Bavière est fondée par Adam Weishaupt.
À l’origine, il s’agissait d’un cercle intellectuel inspiré par les idées des Lumières, qui cherchait à diffuser une pensée critique face aux institutions religieuses et politiques.
Mais une fois interdite, cette organisation est devenue l’objet de nombreux fantasmes.
Pendant plus de deux siècles, elle a alimenté des récits de complots et de pouvoirs occultes.
Ces histoires nous fascinent parce qu’elles parlent toujours de la même chose :
le pouvoir invisible, l’influence et la manipulation des esprits.
L’éducation artistique comme antidote
Aujourd’hui, en tant que mère et engagée dans des projets d’éducation artistique et culturelle, ces questions prennent une dimension très concrète.
Je crois profondément que la culture est essentielle pour les enfants.
Elle leur permet :
- de développer leur imagination
- d’apprendre à comprendre le monde
- d’exprimer leurs émotions
- de rencontrer d’autres univers.
Mais transmettre la culture ne signifie pas idolâtrer ses figures ou ignorer ses contradictions.
L’enjeu est peut-être ailleurs : donner aux enfants les outils pour comprendre ce qu’ils regardent.
Apprendre à regarder
Transmettre la culture, ce n’est pas seulement montrer des films, des livres ou des œuvres.
C’est aussi apprendre à poser des questions :
- Qui raconte cette histoire ?
- Pourquoi ?
- À qui profite ce récit ?
- Qu’est-ce qui est réel et qu’est-ce qui relève de la fiction ?
Dans un monde saturé d’images, l’esprit critique est peut-être la forme la plus précieuse de transmission culturelle.
Entre fascination et lucidité
En repensant à l’enfant que j’étais devant la télévision, et à la mère que je suis devenue, je réalise que la culture fonctionne souvent ainsi :
elle nous fascine avant de nous apprendre à réfléchir.
Entre les séries de mon enfance, les films que je découvre aujourd’hui et les projets artistiques que je développe avec des enfants, il existe un même fil invisible :
celui de la transmission.
Transmettre la culture ne consiste pas à effacer ses zones d’ombre.
Mais à apprendre aux enfants à avancer avec curiosité, sensibilité… et lucidité.

