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đŸȘ§ 2006 : manifester sans comprendre (et pourquoi ça compte quand mĂȘme)

J’avais 15 ans.
Une carte Imagine R limitée aux week-ends.
Et pourtant ce jour-là, j’ai pris le RER pour aller à Paris.

Je ne me souviens plus exactement du trajet.
Ni de la station oĂč on est descendus.
Mais je me souviens de nous.
Des copains.
Du bruit.
De cette impression diffuse que quelque chose se passait.

C’était en 2006.
On manifestait contre le CPE.

À l’époque, je n’aurais pas su expliquer ce que c’était, ce contrat.
Ni pourquoi il faisait descendre des milliers de jeunes dans la rue.
Je savais juste qu’il Ă©tait question d’avenir, de travail, de prĂ©caritĂ©.
Des mots un peu abstraits, quand on a 15 ans.

Alors j’y suis allĂ©e pour une autre raison.
Pour ĂȘtre avec les autres.

On était en seconde, à CarriÚres-sur-Seine.
Et pour une fois, ce n’étaient pas les copines, mais les copains.
Une bande. Une énergie. Une direction commune.

Notre prof principal, prof d’histoire-gĂ©o, ne nous en a pas empĂȘchĂ©s.
Au contraire.
Avec le recul, je crois qu’il voyait dans ces journĂ©es quelque chose que nous ne comprenions pas encore :
une maniùre d’apprendre autrement.

Pas dans les livres.
Mais dans la rue.

Il y avait aussi autre chose, plus discret.
Je venais de commencer le scoutisme.

Et sans que je sache vraiment mettre des mots dessus,
je crois que ça jouait déjà.

Le fait de faire ensemble.
De suivre un mouvement collectif.
De se sentir utile, mĂȘme sans tout comprendre.
De vivre une expérience plutÎt que de la commenter.

Et puis il y avait le RER.

Je me souviens trÚs bien de ça.
De cette petite tension au moment de passer les portiques.
Parce que ma carte n’était dĂ©zonĂ©e que les week-ends.

Alors oui, j’ai fraudĂ©.

Ce n’était pas trĂšs glorieux.
Mais c’était cohĂ©rent, d’une certaine maniĂšre.

On allait contester un systùme

en contournant un autre.

Ce jour-lĂ , je n’ai pas appris ce qu’était vraiment le CPE.
Pas sur le moment.

Mais j’ai appris autre chose.

Le poids d’un groupe.
La force d’un mouvement.
Le fait que des jeunes pouvaient occuper l’espace public.
Et que ça avait un impact.

Des annĂ©es plus tard, j’ai compris que le gouvernement de Dominique de Villepin avait reculĂ©.

👉 Comme le rappelle cet article de L’Étudiant :
https://www.letudiant.fr/lifestyle/engagement-et-vie-associative/article/cpe-quand-les-etudiants-ont-fait-plier-dominique-de-villepin-il-y-a-vingt-ans.html

Que cette mobilisation avait compté.

Et que moi, quelque part, j’en avais fait partie.

Aujourd’hui, je travaille avec des enfants.
Je monte des projets.
Je m’engage, Ă  ma maniĂšre, dans des espaces Ă©ducatifs et culturels.

Et parfois, je repense à cette journée.

Je n’avais pas les mots.
Pas les clés.
Pas les analyses.

Mais j’y Ă©tais.

Et peut-ĂȘtre que c’est comme ça que tout commence. 💛

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