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Pourquoi j’ai envie de lire des histoires un peu bizarres à mes enfants

Les monstres gentils

Peu avant Noël, j’ai demandé à mes enfants, qui avaient bientôt cinq ans, quelles activités ils aimeraient faire avec moi pendant l’hiver.
L’un m’a répondu sans hésiter : des activités de Noël.
L’autre, tout aussi sérieux, m’a demandé des activités d’Halloween.

Halloween étant déjà passé, j’ai cherché un terrain d’entente.
C’est comme ça que je leur ai parlé de L’Étrange Noël de Monsieur Jack.

Avant de lancer le film, je leur ai dit une chose très simple :
« Si ça te fait peur, tu me le dis tout de suite. »

Ce qui s’est passé ensuite m’a surprise.

Ils ne se sont pas contentés d’aimer le film.
Ils s’y sont installés.
Ils l’ont regardé en boucle, appris les chansons, reconnu les personnages — au point que nous l’avons même intégré à notre rituel de Noël, le 25 décembre.

Mais en y repensant, ce n’était pas si surprenant que ça.

L’étrange doux, ils le connaissent déjà

Durant l’été 2023, j’ai emmené mes enfants à La Villette.
Ils avaient alors deux ans et demi.

Nous avons visité Le Labyrinthe de Tim Burton — une immersion dans son univers visuel, peuplé de créatures étranges, de personnages déformés, de couleurs sombres et poétiques.

Et là encore, aucune peur.

Pas de crispation.
Pas de refus.
Au contraire : de la curiosité, de l’attention, une vraie présence aux images.

Avec le recul, je crois que mes enfants n’ont jamais perçu ces univers comme inquiétants.
Ils les ont ressentis pour ce qu’ils sont : des mondes singuliers, mais cohérents et sûrs.

Quand l’étrange rassure plus que le lisse

Les enfants ne cherchent pas forcément des histoires “mignonnes”.
Ils cherchent des mondes habités.

Des univers où l’on peut ressentir des émotions intenses — la peur, la colère, la tristesse — sans jamais être abandonné à elles.
Les monstres gentils remplissent exactement ce rôle.

Ils donnent une forme aux émotions.
Ils autorisent l’étrangeté.
Ils disent à l’enfant : « Tu as le droit d’être bizarre, et tu es en sécurité. »

C’est dans cet état d’esprit que j’ai eu envie de constituer une petite PAL.
Pas une liste idéale ou prescriptive.
Mais des livres que j’aimerais lire à mes enfants, à voix haute, lentement, en prenant le temps de regarder les images avec eux.

📚 Ma PAL de monstres gentils

Les livres que j’aimerais lire (ou relire) à mes enfants

💛 Ceux que je leur ai déjà lus (et que je relirai encore)

Le Robot de bois et la princesse Bûche – Tom Gauld
Je leur ai déjà lu cette histoire, et je sais que je la relirai.
Elle est simple sans être pauvre, absurde sans être vide, et profondément rassurante.
Un conte moderne qui fait confiance à l’enfant — et à l’adulte qui lit.

L’Arbre sans fin – Claude Ponti
Je leur ai lu cet album avec une certaine émotion.
Ils n’en comprennent pas encore tous les niveaux, et c’est très bien ainsi.
C’est un livre qui grandit avec eux, et qui nous attendra encore plus tard.

🌱 Ceux que j’aimerais leur lire bientôt

Okilélé – Claude Ponti
Pour son étrangeté douce et sa profondeur émotionnelle, sans jamais forcer le sens.

Le jardin de Babayaga – Taï-Marc Le Thanh
Un conte revisité, légèrement inquiétant en surface, mais profondément chaleureux.

La petite fille et l’éléphant – Jean-Baptiste Drouot
Pour son atmosphère contemplative et ses illustrations pleines de silences.

👾 Les monstres gentils “classiques” que j’aimerais leur faire découvrir

Les Trois Brigands – Tomi Ungerer
Noir en apparence, mais d’une tendresse absolue.

Max et les Maximonstres – Maurice Sendak
Les monstres comme projection directe des émotions, et le retour au calme comme refuge.

En guise de conclusion

En repensant à l’été 2023, à La Villette, puis à Monsieur Jack intégré à notre Noël, je comprends mieux :
ce n’est pas le sombre qui attire mes enfants, mais la cohérence émotionnelle.

Les livres que j’ai envie de leur lire ne cherchent pas à lisser le monde.
Ils proposent des univers un peu bizarres, parfois déroutants, mais profondément rassurants.

Et peut-être que, dès le plus jeune âge,
ce sont justement ces histoires-là
— celles qui osent l’étrange —
qui apprennent le mieux à se sentir chez soi.

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