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🇫🇷🇩🇪 Amitié franco-allemande : honorer la mémoire sans se condamner à la méfiance

Chaque 22 janvier, la Journée de l’amitié franco-allemande rappelle le Traité de l’Élysée, signé en 1963. Un texte fondateur, souvent évoqué dans les discours officiels, les programmes scolaires ou les coopérations institutionnelles.

Mais pour moi, cette amitié ne se vit pas d’abord dans les textes. Elle se vit dans les trajectoires personnelles, dans les choix concrets que l’on fait pour ses enfants, dans les villes que l’on traverse — parfois par conviction, parfois par nécessité.

Des enfants déjà habitués à vivre entre deux langues

En petite et moyenne section, mes enfants étaient déjà scolarisés dans une école publique officiellement biculturelle franco-allemande, sur dérogation.

Ce choix n’avait rien d’anecdotique. Il traduisait une conviction simple : l’ouverture à l’autre commence tôt, et elle se vit mieux au quotidien que dans les discours.

Berlin, puis un retour précipité à Metz

En septembre 2025, mes enfants ont été scolarisés pendant un mois dans une école française homologuée par l’Éducation nationale à Berlin.

Un mois seulement — mais un mois qui compte.

Puis tout s’est enchaîné très vite : retour à Metz, opportunité de transfert professionnel à Sarrebruck, nécessité de reprendre le travail sans discontinuité.

Dans cette précipitation, il m’a été plus simple de réinscrire mes enfants dans l’école publique de secteur, qui était elle aussi en passe de devenir biculturelle franco-allemande.

Refaire une demande de dérogation aurait impliqué des démarches administratives supplémentaires, incompatibles avec le rythme imposé par ce retour rapide entre Berlin et Sarrebruck.

Ce choix n’a rien d’idéologique. Il est le reflet d’une réalité que connaissent de nombreux parents : celle où l’on cherche à concilier stabilité scolaire, continuité professionnelle et intérêt des enfants, parfois dans des délais très courts.

Une initiative parentale, née de ce parcours

C’est dans ce contexte que m’est venue l’idée d’un projet artistique simple, pour donner du sens à ces transitions successives.

Cette initiative est personnelle. Je l’ai proposée aux enseignantes, en toute conscience de la période — celle des bilans, déjà bien chargée.

Elles ont accepté de le faire en classe.

Ce geste, en apparence discret, dit beaucoup de choses sur la confiance, la souplesse et la capacité de l’école publique à accueillir des projets quand ils respectent son cadre.

Des villes imaginaires pour dire le lien

Le projet consistait à créer des paysages urbains collectifs, à partir de maisons coloriées par les enfants.

Trois modèles de maisons étaient proposés, afin de laisser le choix. Un cadre neutre, inclusif, respectueux de l’école publique.

Les monuments emblématiques de Metz — la Cathédrale Saint-Étienne de Metz et le Temple Neuf — ont trouvé leur place ailleurs : à la maison, dans un espace plus intime, plus symbolique.

À l’école, on construit le commun. À la maison, on transmet des repères.

Dire au revoir sans effacer

Pour mes enfants, ce projet a aussi permis de créer des cartes individuelles à destination de leurs anciennes classes à Berlin.

Un moyen de dire merci. Un moyen de dire au revoir sans rompre le fil.

Les enfants ne tournent pas les pages aussi vite qu’on le croit. Ils ont besoin de continuité, même modeste, même fragile.

Mémoire, blessures et transmission

Je sais aussi que ces histoires ne se vivent pas de la même manière dans toutes les familles.

Pour certaines, les traumatismes laissés par la guerre sont encore vifs, transmis de génération en génération, et ils méritent d’être entendus.

Mais l’histoire de la relation franco-allemande montre aussi autre chose : la capacité de deux pays profondément meurtris à ne pas rester figés dans la haine, et à choisir, avec le temps, le dialogue, la coopération et l’amitié.

Dans ma propre histoire familiale, mes grands-parents paternels ont connu la Seconde Guerre mondiale — mon grand-père dans le Nord, ma grand-mère en région parisienne. Et pourtant, il n’a jamais été question d’animosité envers les Allemands.

Mon père a eu un correspondant allemand dans sa jeunesse. Plus tard, après la révolution iranienne de 1979, deux de mes tantes maternelles ont trouvé refuge en Allemagne. L’une est repartie vivre en Iran, puis au Canada. L’autre est restée en Allemagne, où elle a construit sa vie, et elle était connue et appréciée par mes grands-parents paternels.

Avec le recul, je mesure à quel point ces histoires, tissées sans bruit, ont façonné ma manière de regarder les frontières — non comme des lignes de fracture, mais comme des lieux de passage.

Metz, ou apprendre à vivre la complexité

C’est peut-être pour cela que, lorsque je suis arrivée à Metz à 19 ans, cette ville frontalière n’a pas atténué mon intérêt pour l’Allemagne — elle l’a renforcé.

Metz est une ville marquée par l’histoire, tantôt allemande, tantôt française, traversée de strates, de langues et de mémoires. Y vivre m’a appris que l’on peut honorer la mémoire sans se condamner à la méfiance, et que la réconciliation n’est pas un oubli, mais un travail patient.

L’amitié franco-allemande, au ras du réel

On associe souvent l’amitié franco-allemande aux grands programmes d’échanges ou aux coopérations institutionnelles.

Mais elle commence bien plus tĂ´t.

Elle commence :

  • quand un parent ose proposer un projet,
  • quand une Ă©cole accepte, malgrĂ© les contraintes,
  • quand un enfant comprend que maison peut aussi se dire Haus,
  • quand la transmission choisit l’ouverture plutĂ´t que la peur.

L’amitié franco-allemande n’est pas un idéal abstrait. C’est une construction quotidienne, faite d’ajustements, de compromis, et parfois de projets en papier.

Et souvent, elle commence simplement par une maison dessinée par un enfant de cinq ans.

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