Je suis sortie du cinéma après avoir vu Le diable s’habille en Prada 2 avec une sensation étrange.
Comme si quelque chose venait de refaire surface.
Je n’avais même pas réalisé que le premier film avait déjà vingt ans.
Vingt ans.
Je me suis revue adolescente, puis jeune adulte, fascinée par les magazines, les éditos, les shootings, les émissions télé sur la mode et les médias. Je me suis rappelé le roman acheté en VO lors de mon premier voyage à Londres avec mon lycée, en 2007.
À l’époque, je pensais aimer la mode.
Aujourd’hui, je crois que j’aimais surtout les univers éditoriaux.
Les pages glacées.
Les photographies.
Les couleurs.
La manière dont une image pouvait raconter quelque chose avant même qu’on lise le texte.
Je pouvais passer des heures à feuilleter un magazine sans réellement regarder les vêtements.
Ce que je cherchais, je crois, c’était autre chose :
une atmosphère,
une narration,
une forme de liberté.
L’idée qu’une femme pouvait créer son propre univers.
Ces derniers jours, j’ai acheté plusieurs magazines allemands.
En feuilletant Flow, je suis tombée sur un article consacré à Diane von Fürstenberg.
Quelques pages plus loin, il était aussi question d’une autrice iranienne.
Et je me suis dit en souriant :
Entre Diane von Fürstenberg et l’iranienne, je devais avoir ce magazine entre les mains.
Parce que cette juxtaposition me ressemblait.
D’un côté, une femme qui parle d’indépendance, de création et de liberté.
De l’autre, des récits liés à la mémoire, à l’exil, à l’identité et à la transmission.
Je me suis rendu compte que mon rapport à la mode n’avait jamais été uniquement esthétique.
Il était aussi culturel, intime et narratif.
Entre-temps, tout a accéléré.
Les blogs sont devenus Instagram.
Instagram est devenu TikTok.
Les images défilent sans arrêt.
Je n’ai rien contre le numérique. J’utilise Pinterest, Canva et les réseaux sociaux comme tout le monde. Mais parfois, j’ai l’impression que quelque chose s’est perdu dans le rythme.
Avant, on attendait un magazine.
On le feuilletait lentement.
On relisait certains passages.
On découpait des pages.
On habitait les images plus longtemps.
Aujourd’hui, on scrolle énormément.
Mais les images nous traversent parfois sans rester.
En ce moment, je photographie des pages de magazines pour créer des collages sur Pinterest et Canva.
Des objets.
Des morceaux de phrases en allemand.
Des typographies.
Des tissus.
Des portraits.
Des fragments de vie.
Et je réalise que je suis peut-être simplement en train de refaire un geste ancien.
Comme quand j’étais adolescente et que je construisais des univers dans ma tête à partir d’images découpées.
Sauf qu’aujourd’hui, ces fragments nourrissent autre chose :
mon blog,
mes textes,
mes projets créatifs,
mon apprentissage de l’allemand,
et peut-être, progressivement, une identité visuelle.
Je ne cherche pas à recréer un magazine de mode.
Je crois que j’essaie plutôt de retrouver une sensation.
Quelque chose qui se situe quelque part entre :
les trains entre Metz et Sarrebruck,
les tissus,
les langues,
les cafés,
les fragments du quotidien,
les enfants,
les images,
et les textes qu’on garde longtemps en tête.
Peut-être que mon univers éditorial a toujours été là.
Il était simplement en train de se construire, morceau par morceau.

