Ces derniers mois, je réfléchis beaucoup à l’avenir de mes enfants.
Pas seulement à leurs résultats scolaires.
Pas seulement à “réussir leur vie”.
Mais à une question plus difficile à formuler :
Dans quel environnement un enfant peut-il grandir sans devoir étouffer trop tôt sa créativité ?
Mes enfants ont bientôt 6 ans.
Ils dessinent énormément.
Ils aiment la musique.
Le théâtre commence à les attirer.
Ils font du vélo, du judo, découvrent progressivement différentes formes d’expression.
Et en les regardant grandir, une réflexion revient souvent dans mon esprit : celle des CHAM et des CHAT — ces classes à horaires aménagés musique, théâtre ou arts.
Longtemps, j’associais ces dispositifs à quelque chose d’un peu inaccessible. Presque réservé à des familles très informées ou très favorisées culturellement.
Aujourd’hui, je les regarde autrement.
Non pas comme des “filières d’excellence”.
Mais comme des espaces où la créativité est considérée comme légitime.
Grandir sans devoir choisir trop tôt
Je crois qu’une partie de ma réflexion vient aussi de mon propre parcours.
Adolescente, j’avais été acceptée en classe européenne en région parisienne.
Puis il y a eu un déménagement.
Un changement de collège.
Et ce fil-là s’est interrompu.
Avec le recul, je réalise qu’on sous-estime souvent l’impact de ces bifurcations scolaires invisibles.
Une option.
Une classe.
Un trajet.
Un déménagement.
Parfois, cela change profondément la manière dont un enfant se projette dans l’avenir.
Je ne pense pas que les CHAM ou les CHAT “garantissent la réussite”.
Mais je pense qu’elles peuvent offrir quelque chose de précieux :
- une continuité,
- un cadre,
- des rencontres,
- une confiance en soi,
- et surtout la possibilité de prendre ses passions au sérieux sans devoir renoncer au reste.
Pourquoi Strasbourg apparaît dans cette réflexion
Depuis quelque temps, Strasbourg revient régulièrement dans mes projections pour 2027.
Pas parce que j’idéalise la ville.
Mais parce qu’elle rassemble beaucoup de choses qui résonnent avec notre mode de vie actuel :
- une dimension européenne très forte,
- des liens naturels avec l’allemand,
- une vraie culture du vélo,
- des transports qui favorisent davantage l’autonomie des jeunes,
- une vie culturelle dense,
- et plusieurs parcours artistiques accessibles dans le public.
En travaillant aujourd’hui entre la France et l’Allemagne, dans les langues, les projets éducatifs et la médiation culturelle, je mesure aussi à quel point certains environnements peuvent nourrir un enfant différemment.
Je crois que beaucoup de parents cherchent simplement cela :
un endroit où leurs enfants pourront développer leur curiosité sans devoir la réduire trop vite à quelque chose “d’utile”.
Transmettre autre chose qu’une sécurité
Pendant longtemps, l’école a surtout été pensée comme une promesse de stabilité sociale.
Et bien sûr, cette stabilité reste importante.
Mais je pense aussi que beaucoup d’enfants ont besoin :
- d’espaces artistiques,
- de projets collectifs,
- de culture,
- de mouvement,
- de langues,
- de respiration.
Pas pour devenir des “prodiges”.
Simplement pour devenir eux-mêmes.
Je ne sais pas encore si nous partirons réellement à Strasbourg dans les prochaines années.
Mais je crois que cette réflexion raconte quelque chose de plus large :
la manière dont certains parents essaient, parfois après des parcours plus accidentés, de préserver les fils créatifs qui apparaissent chez leurs enfants avant qu’ils ne disparaissent silencieusement.

