Résilience & Transmission, Tous les articles

Travailler quand on est mère : entre fièvres, culpabilité et fierté silencieuse

On ne parle pas assez de ce que ça signifie, concrètement, de travailler quand on est mère.

Pas dans les grandes théories.
Pas dans les débats abstraits sur “la conciliation vie pro / vie perso”.

Non.
Dans la vraie vie.

Celle où la crèche appelle à 10h parce que votre enfant a 38°C.
Celle où vous devez envoyer un message gêné pour dire : “je ne pourrai pas venir aujourd’hui”.
Encore.

Les années crèche : survivre plus que travailler

Je crois que les années les plus dures, ce sont celles-là.

Les années crèche, où l’enfant construit son immunité… et où votre stabilité professionnelle, elle, s’effrite à chaque virus.

On a beau savoir que c’est normal, que “ça va passer”, que “tous les enfants tombent malades” — ça n’enlève rien à la réalité :

  • les appels en pleine matinée
  • les absences à répétition
  • la peur d’être perçue comme peu fiable

Et cette sensation permanente d’être tiraillée entre deux loyautés impossibles à concilier.

Être une bonne mère.
Être une bonne professionnelle.

Spoiler : certains jours, on a l’impression de n’être ni l’une ni l’autre.

Élever des enfants solides… sans mode d’emploi

J’ai élevé mes enfants un peu comme des scouts.

Ils se sont salis.
Ils ont mangé avec les mains.
Ils ont exploré, touché, goûté, expérimenté.

Pas par idéologie.
Par instinct.

Aujourd’hui, ils mangent de tout.
Vraiment de tout.

Même à la cantine, on me dit qu’ils mangent très bien.
Fruits, légumes, crudités…

Ils boivent du citron. Volontairement.
Et un jour, ils m’ont devancée :
ils ont croqué une courgette crue sortie du frigo.

Je les ai regardés, un peu perplexe.
Et un peu fière.

On ne contrôle pas tout.
Mais parfois, on fait juste assez bien pour que ça tienne.

Le soulagement discret de l’école

À partir de l’école, les choses changent.

Moins de maladies.
Moins d’appels.
Moins d’imprévu sanitaire.

Un répit.

Mais un autre défi apparaît.

Le moment où partir travailler devient difficile

Aujourd’hui, ce n’est plus la fièvre qui me retient.

C’est le regard de mon enfant le matin.

Celui qui ne veut pas me laisser partir.
Celui qui s’accroche un peu plus longtemps.
Celui qui dit sans mots : reste.

Et moi, je pars quand même.

Pas parce que c’est facile.
Mais parce que c’est nécessaire.

Travailler : un choix, pas seulement une contrainte

Je suis retournée travailler très tôt.

Deux mois après mon congé maternité.

Je n’y étais pas obligée immédiatement.
J’avais encore des droits.
J’aurais pu attendre.

Mais j’ai choisi de reprendre.

D’abord peu : 8 heures par semaine.

Juste assez pour respirer autrement.
Juste assez pour exister ailleurs que dans mon rôle de mère.

Parce que travailler, ce n’est pas seulement gagner de l’argent.
C’est aussi :

  • avoir des interactions adultes
  • se sentir utile autrement
  • préserver une partie de soi

Construire malgré tout

Depuis, mon parcours n’a rien de linéaire.

Ville de Metz.
Éducation nationale.
Reprise d’études.
Assistante de français en Allemagne.
Professeure de soutien scolaire.

Sortie du RSA.
Droits rechargés.
Équilibres fragiles mais réels.

Et surtout : des solutions construites petit à petit.

Des relais.
Des personnes de confiance.
Une organisation qui ne tient pas toujours… mais tient quand même.

Ce que mes enfants apprennent vraiment

Très tôt, je leur ai expliqué que je travaillais.

Pas comme une excuse.
Pas comme une absence.

Comme une réalité.

Je crois qu’ils apprennent autre chose que ce que je leur dis :

  • que l’on peut être fatiguée et avancer quand même
  • que l’amour ne disparaît pas quand on s’absente
  • que la vie demande parfois des efforts, même quand on aimerait rester

Et moi, dans tout ça ?

Je doute encore.

Je culpabilise parfois.
Je suis fatiguée souvent.

Mais je tiens.

Parce qu’au milieu du chaos, il y a aussi ça :

  • des enfants qui vont bien
  • des repas partagés
  • des matins difficiles… suivis de retrouvailles

Et une forme de fierté, discrète, presque invisible.

Travailler quand on est mère, ce n’est pas un équilibre

C’est un mouvement.

Un ajustement permanent.
Une négociation quotidienne.

Ce n’est ni parfait, ni stable.
Mais c’est vivant.

Et parfois, contre toute attente…
ça tient.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *