Petite, j’avais un faux appareil photo en plastique jaune et bleu entre les mains.
Mon père, lui, documentait déjà notre vie avec de vraies pellicules et des cassettes VHS.

Quand je regarde cette photo aujourd’hui, je me rends compte que certaines transmissions commencent bien avant qu’on sache leur donner un nom.
Chez nous, il y avait toujours :
- un appareil photo quelque part ;
- des pellicules à terminer ;
- des vidéos familiales ;
- des albums photo ;
- des souvenirs à développer.
Nous étions une famille très années 90.
Pas une famille d’artistes au sens où on l’entend souvent aujourd’hui. Plutôt une famille qui gardait des traces.
Les anniversaires étaient filmés.
Les vacances photographiées.
Les moments banals aussi.
Et parfois, mes parents nous achetaient même des appareils photo jetables. Puis ils allaient faire développer nos “œuvres” chez Auchan, même lorsqu’elles étaient floues, mal cadrées ou complètement ratées.
Avec le recul, je trouve ça assez beau.
Parce que cela voulait dire que notre regard d’enfant avait déjà de la valeur.
Avant les stories Instagram, il fallait attendre plusieurs jours pour découvrir si les photos étaient réussies. Et souvent, elles ne l’étaient pas vraiment.
Il y avait :
- les yeux fermés ;
- les doigts devant l’objectif ;
- les photos surexposées ;
- les doubles tirages ;
- les enveloppes cartonnées récupérées après les courses.
Mais malgré tout, mes parents faisaient développer presque toutes les photos.
Je crois que je n’avais jamais vraiment relié cela à ma vie actuelle.
Aujourd’hui, j’écris sur internet.
Je photographie des fragments de quotidien.
Je documente des trajets entre Metz et Sarrebruck.
Je parle de transmission, d’éducation, de mobilité, de créativité, de parentalité et de frontières.
Et quelque part, tout cela ressemble peut-être à une continuité.
Mon père partage désormais ses photographies au sein du club Quercy Images. En découvrant récemment son portfolio, j’ai été frappée par quelque chose : même si nos vies sont très différentes, nous semblons regarder le monde avec une sensibilité commune.
Lui à travers :
- les paysages ;
- les textures ;
- les lumières ;
- les matières ;
- les silences.
Moi à travers :
- les récits ;
- les trains ;
- les enfants ;
- les projets franco-allemands ;
- les fragments de tissus récupérés dans les ateliers.
Son portfolio photo :
Portfolio photo de Pierre Mirou – Quercy Images
Ce qui me touche le plus, c’est que cette histoire ne commence même pas avec lui.
Il me semble que mes arrière-grands-parents pratiquaient déjà la photographie. Ma grand-mère lui avait prêté un appareil argentique à soufflet lorsqu’il était jeune adulte.
Finalement, chaque génération a simplement changé d’outil :
- les appareils argentiques ;
- les VHS ;
- les appareils jetables ;
- les blogs ;
- les smartphones ;
- les stories ;
- les réseaux sociaux.
Mais au fond, l’intention reste peut-être la même :
Conserver des traces.
Dire : “Nous étions là.”
Et essayer, maladroitement mais sincèrement, de ne pas laisser les moments disparaître.

