Jâavais 15 ans.
Une carte Imagine R limitée aux week-ends.
Et pourtant ce jour-lĂ , jâai pris le RER pour aller Ă Paris.
Je ne me souviens plus exactement du trajet.
Ni de la station oĂč on est descendus.
Mais je me souviens de nous.
Des copains.
Du bruit.
De cette impression diffuse que quelque chose se passait.
CâĂ©tait en 2006.
On manifestait contre le CPE.
Ă lâĂ©poque, je nâaurais pas su expliquer ce que câĂ©tait, ce contrat.
Ni pourquoi il faisait descendre des milliers de jeunes dans la rue.
Je savais juste quâil Ă©tait question dâavenir, de travail, de prĂ©caritĂ©.
Des mots un peu abstraits, quand on a 15 ans.
Alors jây suis allĂ©e pour une autre raison.
Pour ĂȘtre avec les autres.
On était en seconde, à CarriÚres-sur-Seine.
Et pour une fois, ce nâĂ©taient pas les copines, mais les copains.
Une bande. Une énergie. Une direction commune.
Notre prof principal, prof dâhistoire-gĂ©o, ne nous en a pas empĂȘchĂ©s.
Au contraire.
Avec le recul, je crois quâil voyait dans ces journĂ©es quelque chose que nous ne comprenions pas encore :
une maniĂšre dâapprendre autrement.
Pas dans les livres.
Mais dans la rue.
Il y avait aussi autre chose, plus discret.
Je venais de commencer le scoutisme.
Et sans que je sache vraiment mettre des mots dessus,
je crois que ça jouait déjà .
Le fait de faire ensemble.
De suivre un mouvement collectif.
De se sentir utile, mĂȘme sans tout comprendre.
De vivre une expérience plutÎt que de la commenter.
Et puis il y avait le RER.
Je me souviens trÚs bien de ça.
De cette petite tension au moment de passer les portiques.
Parce que ma carte nâĂ©tait dĂ©zonĂ©e que les week-ends.
Alors oui, jâai fraudĂ©.
Ce nâĂ©tait pas trĂšs glorieux.
Mais câĂ©tait cohĂ©rent, dâune certaine maniĂšre.
On allait contester un systĂšmeâŠ
en contournant un autre.
Ce jour-lĂ , je nâai pas appris ce quâĂ©tait vraiment le CPE.
Pas sur le moment.
Mais jâai appris autre chose.
Le poids dâun groupe.
La force dâun mouvement.
Le fait que des jeunes pouvaient occuper lâespace public.
Et que ça avait un impact.
Des annĂ©es plus tard, jâai compris que le gouvernement de Dominique de Villepin avait reculĂ©.
đ Comme le rappelle cet article de L’Ătudiant :
https://www.letudiant.fr/lifestyle/engagement-et-vie-associative/article/cpe-quand-les-etudiants-ont-fait-plier-dominique-de-villepin-il-y-a-vingt-ans.html
Que cette mobilisation avait compté.
Et que moi, quelque part, jâen avais fait partie.
Aujourdâhui, je travaille avec des enfants.
Je monte des projets.
Je mâengage, Ă ma maniĂšre, dans des espaces Ă©ducatifs et culturels.
Et parfois, je repense à cette journée.
Je nâavais pas les mots.
Pas les clés.
Pas les analyses.
Mais jây Ă©tais.
Et peut-ĂȘtre que câest comme ça que tout commence. đ

