Je suis allée voir Le diable s’habille en Prada 2 deux fois au cinéma.
La première fois en VF, avec une amie.
La deuxième fois seule en VO — parce que je préfère la version originale.
Et c’est lors de cette deuxième séance, dans le silence du cinéma, que certaines phrases ont pris un autre poids.
Notamment celles de Miranda.
Elle dit, à la fin du film, qu’elle a aimé son travail. Profondément. Qu’elle aime travailler. Mais qu’avec le recul, il y a aussi un prix qu’elle n’a pas pu éviter : celui du temps avec ses enfants, qu’elle n’a pas vu grandir.
Deux vérités qui coexistent
Ce que j’ai trouvé intéressant, ce n’est pas une morale.
C’est justement l’absence de morale simple.
Parce que le film ne dit pas :
“le travail est mauvais”
ou
“la réussite détruit la vie personnelle”.
Il montre quelque chose de plus inconfortable :
on peut aimer profondément ce qu’on fait… et malgré tout ressentir du manque ailleurs.
Cette phrase a résonné autrement pour moi
En sortant de la séance, je ne pensais pas seulement au film.
Je pensais à ce que ça veut dire, concrètement, dans une vie.
À la façon dont on construit ses choix.
À ce qu’on donne sans toujours s’en rendre compte.
Et à ce qu’on découvre parfois trop tard.
J’aime travailler. Mais pas n’importe comment.
J’aime travailler, profondément.
Mais soyons honnêtes : je n’ai pas toujours aimé ce que je faisais.
J’ai commencé à travailler en 2009, dans des emplois alimentaires, comme beaucoup de personnes qui cherchent leur place. Pendant des années, j’ai avancé sans vraiment me reconnaître dans ce que je faisais.
Ce n’est qu’à partir de 2015, avec mes premiers projets de création, puis en 2023 avec mon entrée dans l’éducation nationale, que quelque chose s’est aligné.
Pour la première fois, je ne me suis pas seulement sentie occupée. Je me suis sentie à ma place.
Même si le chemin reste imparfait. Même si les équilibres sont parfois fragiles.
Tenir un cap malgré les contraintes
Cette année universitaire n’a pas été simple.
Et pourtant, j’ai continué.
J’ai mené mon contrat FEI en Allemagne jusqu’au bout, entre Berlin puis Sarrebruck, sans interruption, avec des ajustements constants, des périodes de fatigue, des contraintes personnelles et logistiques.
Et malgré tout cela, j’ai poursuivi.
Jusqu’à obtenir un renouvellement pour une année supplémentaire.
Même dans un contexte où je pensais avoir atteint une limite.
Là où le film rejoint la vie
Ce qui m’a frappée en regardant ce film, ce n’est donc pas seulement la question du sacrifice.
C’est la complexité du lien entre travail et identité.
On peut aimer travailler.
On peut être construite par ce qu’on fait.
On peut aussi mettre du temps à trouver sa place.
Et parfois, tout cela coexiste en même temps.
Être mère change aussi le regard
Avec les années, la maternité m’a appris une chose simple, mais difficile à intégrer :
l’amour ne suffit pas à organiser une vie.
Quand un enfant arrive, les intentions comptent moins que les actes.
La présence.
La régularité.
La capacité à tenir une charge mentale réelle.
Et cette différence subtile entre être seule… et se sentir seule.
Et aujourd’hui
Je ne crois plus aux oppositions simples.
Travail ou famille.
Ambition ou équilibre.
Réussite ou vie personnelle.
Je crois plutôt aux trajectoires.
Aux moments où l’on cherche.
Aux moments où l’on se perd.
Et à ceux où, parfois, on se retrouve.
Et peut-être que la vraie question n’est pas de choisir une vie contre une autre.
Mais de comprendre enfin dans quelle vie on peut tenir debout sans se renier.

