Cette semaine, je suis retournée à Sarrebruck avec mes enfants.
Nous avons passé la matinée dans l’école où j’ai travaillé cette année en tant qu’assistante de français. Les élèves allemands ont posé des questions en français à Arthur et Marius, qui y ont répondu avec sérieux et enthousiasme.
En arrivant en ville, mon regard a été attiré par une affiche annonçant une exposition consacrée à Andy Warhol.
Cette simple affiche a réveillé un souvenir.
Lorsque je suis arrivée en Moselle, vers 2008-2009, j’avais acheté le DVD Factory Girl, consacré à Edie Sedgwick et à l’univers de la Factory de Warhol.
À l’époque, cette histoire me fascinait pour son esthétique, son énergie et son côté artistique.
Aujourd’hui, je crois que ce n’est plus tout à fait la même chose qui m’intéresse.
Ces derniers jours, j’ai beaucoup discuté avec Michel Lelièvre à Carrefour des Arts.
Il m’a raconté certaines de ses expériences d’exposition en France et en Allemagne. Il m’a parlé de galeries, de rencontres, de projets franco-allemands et de la manière dont certains partenaires allemands étaient venus chercher ses œuvres et les avaient transportées avec un grand professionnalisme.
Mais au-delà des anecdotes, ce qui m’a marquée, c’est autre chose.
J’ai réalisé que les lieux artistiques ne sont pas seulement des endroits où l’on expose.
Ce sont avant tout des lieux où l’on se rencontre.
Lorsque l’on évoque la Factory d’Andy Warhol, on pense souvent aux œuvres, aux célébrités ou à l’effervescence artistique.
Pourtant, ce qui rendait ce lieu unique, c’était peut-être avant tout les personnes qui s’y croisaient.
Des artistes.
Des écrivains.
Des musiciens.
Des photographes.
Des personnalités venues d’univers très différents.
À une échelle évidemment bien plus modeste, je retrouve quelque chose de cet esprit à Carrefour des Arts.
J’y suis arrivée pour animer des ateliers de français.
J’y ai rencontré des artistes.
J’y ai découvert des parcours de vie étonnants.
J’y ai trouvé un atelier ouvert à titre gracieux.
J’y développe aujourd’hui des projets qui n’auraient probablement jamais vu le jour autrement.
Et surtout, j’y ai trouvé un espace où les frontières entre les disciplines semblent moins importantes.
On peut parler peinture, écriture, photographie, couture, pédagogie ou projets franco-allemands autour de la même table.
Depuis longtemps, j’ai tendance à compartimenter mes activités.
La mode d’un côté.
L’éducation de l’autre.
L’écriture ailleurs.
Pourtant, plus j’avance, plus je comprends que ces domaines se nourrissent mutuellement.
Peut-être est-ce cela que j’admire aujourd’hui dans l’histoire de la Factory.
Non pas la célébrité.
Non pas le mythe.
Mais la capacité d’un lieu à faire naître des rencontres inattendues.
En apercevant cette affiche à Sarrebruck, j’ai compris que je n’avais plus tout à fait le même regard qu’il y a vingt ans.
Je ne regarde plus seulement les artistes.
Je regarde aussi les lieux qui leur permettent d’exister.
Et je mesure la chance que représente, pour moi, un endroit comme Carrefour des Arts.

