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Pour pouvoir travailler, il faut parfois tout un village

La semaine dernière, j’écrivais ici que j’avais besoin de refaire mes fondations avant de construire la suite.

La rentrée d’Arthur et Marius au CP avait donné le signal de départ : reprendre le fil de notre organisation, anticiper mon budget, renouveler leurs activités, prendre mes rendez-vous médicaux, préparer mon dossier de VAE et remettre doucement en place les routines abandonnées pendant l’été.

Sur le papier, les fondations commençaient donc à tenir.

Il restait néanmoins une pièce essentielle du puzzle : trouver comment faire garder mes enfants lorsque je reprendrai le travail.

Parce qu’avant de pouvoir travailler, encore faut-il pouvoir partir travailler.

Leur rentrée avant la mienne

Arthur et Marius ont fait leur rentrée au CP il y a maintenant un peu plus d’une semaine.

De mon côté, j’ai encore quelques jours devant moi avant de reprendre le chemin de l’Allemagne. Quelques jours qui devaient me permettre de finaliser tranquillement notre organisation.

C’était sans compter sur l’un des grands classiques de la rentrée des parents : les modes de garde.

Le centre aéré que nous utilisons habituellement est complet pour le mois de septembre.

Une petite phrase qui suffit à faire tomber une bonne partie de l’organisation prévue.

Lorsqu’on travaille, et plus encore lorsque le lieu de travail se trouve à plusieurs dizaines de kilomètres de l’école de ses enfants, on ne peut pas simplement improviser le mercredi matin en se demandant ce que l’on fera quelques heures plus tard.

Il faut donc trouver un plan B.

Puis, parfois, un plan C.

Quand le mercredi devient une course de relais

J’ai donc fait ce que beaucoup de parents font lorsque la solution habituelle disparaît : j’ai bricolé.

Téléphoner. Envoyer des messages. Comparer les horaires. Vérifier les possibilités. Chercher qui peut prendre le relais de qui et à quel moment.

Pour mes mercredis de septembre, l’organisation ressemblera finalement à une petite course de relais.

Le matin, je pourrai compter sur Taties à toute heure et Alys pour accompagner les enfants au périscolaire.

À la fin de cet accueil, l’une de mes nounous, que j’emploie en CESU, prendra le relais pour les conduire au centre aéré de leur ancienne école.

Une solution provisoire, certes.

Mais surtout plusieurs personnes et plusieurs dispositifs qui s’enchaînent pour couvrir une seule journée.

Ma mère avait même envisagé, si je ne trouvais rien d’autre, de venir depuis la région parisienne pour garder ses petits-fils.

Tout cela pour que, de mon côté, je puisse simplement prendre la route et aller travailler.

« Concilier vie professionnelle et vie familiale »

On parle beaucoup de conciliation entre vie professionnelle et vie familiale.

L’expression est jolie.

Elle peut aussi donner l’impression qu’il s’agit avant tout d’une question d’organisation personnelle : avoir un bon agenda, anticiper suffisamment, optimiser ses horaires.

Mais on ne peut organiser que ce qui existe.

Lorsque le centre de loisirs est complet, lorsqu’un accueil ne correspond pas aux horaires de travail ou lorsque le trajet entre l’école et son lieu de travail rend impossible une simple dépose le matin, toute l’organisation peut soudainement vaciller.

Et derrière le parent qui arrive à l’heure au travail se cache alors tout un ensemble de personnes que l’on ne voit pas.

Les professionnels de la petite enfance et de l’animation.

Les nounous.

Les services périscolaires.

Les proches.

Les grands-parents.

Tous ces relais rendent possible, indirectement, notre propre activité professionnelle.

Avoir un plan B est déjà une chance

Dans mon cas, j’ai fini par trouver une solution.

Elle n’est pas la plus simple. Elle demande davantage de coordination et elle n’est probablement pas celle que j’aurais choisie en premier.

Mais elle existe.

Et cette petite aventure de rentrée m’a aussi rappelé que pouvoir « se débrouiller » suppose déjà d’avoir des ressources.

J’ai des professionnelles vers lesquelles me tourner. J’ai une nounou que je peux employer en CESU. Mes enfants peuvent encore être accueillis dans le centre de loisirs de leur ancienne école. Et, en dernier recours, j’ai une mère qui était prête à traverser une partie de la France pour venir à notre secours.

Tout le monde ne dispose pas de ces possibilités.

Que fait un parent isolé lorsqu’il travaille, que son mode de garde habituel est complet et qu’il n’a ni famille disponible à proximité, ni solution alternative ?

La question dépasse largement celle de la simple organisation familiale.

L’accès aux modes de garde conditionne aussi l’accès au travail.

Le travail invisible avant le travail

Ma rentrée professionnelle n’a donc pas encore commencé.

Pourtant, elle m’a déjà demandé quelques heures de travail.

Un travail qui n’apparaîtra sur aucune fiche de paie : chercher, appeler, remplir des dossiers, calculer, coordonner, prévoir les trajets et préparer une solution de secours au cas où la première ne fonctionnerait pas.

Dans quelques jours, lorsque je partirai travailler, cette organisation deviendra probablement invisible.

Les enfants seront pris en charge.

Je serai à mon poste.

La journée pourra commencer.

Et personne ne verra nécessairement tous les petits rouages qu’il aura fallu mettre en mouvement pour rendre cette situation parfaitement ordinaire possible.

La semaine dernière, je parlais de refaire mes fondations avant de construire la suite.

Cette semaine m’aura appris que certaines de ces fondations ne se construisent pas seule.

Pour pouvoir travailler, il faut parfois tout un village.

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