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Lost in Translation : ces moments où l’on se retrouve entre deux mondes

Il y a des films que l’on regarde à un moment précis de sa vie.

Des films qui nous accompagnent sans forcément que l’on comprenne immédiatement pourquoi ils nous touchent.

Puis, quelques années plus tard, on les retrouve avec un regard différent. L’histoire est la même, mais c’est nous qui avons changé.

Lorsque j’ai commandé Lost in Translation en Blu-ray cet été, je pensais simplement retrouver un film que j’avais aimé.

Je ne m’attendais pas à y retrouver un écho de ma propre histoire.

Être ailleurs pour mieux se retrouver

Dans Lost in Translation, Sofia Coppola raconte la rencontre de deux personnes perdues dans un immense hôtel de Tokyo.

Charlotte est jeune mariée, loin de chez elle, en quête de sens. Bob est un acteur vieillissant venu tourner une publicité, confronté à une forme de solitude et de questionnement.

Ils ne parlent pas exactement la même langue que les personnes qui les entourent. Ils évoluent dans un environnement qui leur est étranger.

Et pourtant, c’est précisément cet éloignement qui leur permet de se retrouver.

Il y a quelque chose de paradoxal dans les périodes de transition : on a parfois besoin de sortir de son cadre habituel pour redécouvrir qui l’on est.

Cet été, j’ai moi aussi ressenti cette sensation.

En parcourant seule les routes de la Méditerranée, en découvrant de nouvelles villes, en changeant de décor, j’ai eu l’impression de retrouver une partie de moi que j’avais mise entre parenthèses.

Apprendre une langue, c’est changer de regard

Ce qui me touche particulièrement dans ce film, c’est cette sensation d’être entre plusieurs mondes.

Depuis plusieurs années, les langues occupent une place importante dans ma vie.

Le français que je transmets aux autres.

L’allemand que j’apprends et que je continue à perfectionner.

Le persan et le dari qui m’ont ouvert une fenêtre sur d’autres histoires, d’autres cultures, d’autres façons de voir le monde.

Apprendre une langue, ce n’est pas seulement apprendre du vocabulaire et de la grammaire.

C’est accepter de redevenir débutant.

C’est retrouver une forme d’humilité.

C’est aussi découvrir une autre version de soi-même.

On ne se présente pas toujours de la même manière dans une autre langue. Notre humour change. Notre manière d’interagir aussi.

Une langue ne nous enferme pas dans une identité : elle nous permet d’en explorer de nouvelles.

Les rencontres qui réveillent une partie de nous

Il y a aussi, dans Lost in Translation, cette idée que certaines rencontres ne sont pas forcément là pour bouleverser toute une vie.

Parfois, elles arrivent simplement pour nous rappeler quelque chose.

Une part de nous que nous avions oubliée.

Après plusieurs années où mon identité a beaucoup été construite autour de la maternité, j’ai eu besoin de retrouver d’autres dimensions de moi-même.

La femme qui voyage.

La femme qui va à des concerts.

La femme qui découvre des musées.

La femme qui prend soin d’elle.

La femme qui ose sortir de sa zone de confort.

La femme qui rêve encore.

Être mère est une partie essentielle de mon histoire.

Mais ce n’est pas toute mon histoire.

Entre l’ancienne vie et la nouvelle

Les périodes de transition sont parfois inconfortables.

On n’est plus tout à fait la personne que l’on était, mais on ne sait pas encore complètement qui l’on est en train de devenir.

C’est une forme de traduction intérieure.

Il faut apprendre à comprendre cette nouvelle version de soi.

C’est peut-être ce qui me touche le plus dans Lost in Translation : ce n’est pas un film sur la perte.

C’est un film sur un passage.

Sur ces moments suspendus où l’on accepte de ne pas avoir toutes les réponses.

Construire la suite

Après avoir réfléchi à mes fondations ces dernières semaines, après avoir réorganisé mon quotidien, préparé mes projets professionnels et accompagné mes enfants dans une nouvelle étape de leur vie, je comprends que certaines périodes ne sont pas faites pour courir.

Elles sont faites pour écouter.

Pour observer.

Pour laisser émerger la suite.

Peut-être que nous avons tous besoin, à certains moments de notre vie, de nous retrouver un peu « perdus dans la traduction ».

Entre ce que nous étions et ce que nous devenons.

Entre plusieurs lieux.

Entre plusieurs langues.

Entre plusieurs versions de nous-mêmes.

Et finalement, c’est peut-être dans cet entre-deux que nous découvrons le mieux qui nous sommes.

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